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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 20:31

Dans la froidure des jours sans lumière, dans la rigueur des nuits sans chaleur, le "Winterreise" de Wilhelm Müller, mis en Lieder en 1827 par un Franz Schubert toujours magistral, s'impose à notre fatigue, à nos doutes et  à nos découragements passagers !

 

Sublimés par les métaphores puissantes, dignes du romantisme le plus exacerbé, ces vingt-quatre poèmes nous proposent un voyage intérieur à travers l'hiver de l'âme à bout de forces, qui souffre de l'abandon et de la solitude.

 

Ces compositions d'une rare violence, d'une rare puissance aussi, accompagnent, pas à pas, larme à larme,  les soubresauts d'une errance douloureuse à travers vingt quatre paysages de solitude et de doute -parfois d'espoirs aussi, même timides-, comparables à vingt-quatre stations d'un vaste chemin de croix.

 

(puisqu'il n'y a pas mille et une nuits nuits en hiver ( Noël à New York, Schubert au balcon : le "voyage en hiver"continue. ), de grâce, ne soyons guère plus regardants sur le nombre d'états d'âme auxquels se trouve en proie un  amoureux éconduit avant de retrouver courage, raison et détermination... ou peut-être pas.)

 

 

Chaleureusement merci à Warren Criswell pour son charmant message et son aimable autorisation. N'hésitez pas, au détour d'un clic de curiosité, à passer visiter son univers !  link

 

Quoi qu'il en soit et même si l'on est tenté de minimiser la portée testamentaire du "voyage d'hiver" pour Franz Schubert, comment rester insensible au déchirement de notre voyageur, dont le feu du désespoir tente vainement de faire fondre la gangue glacée d'une réalité implacable ?

 

Dans cet impitoyable combat, les larmes semblent des armes bien dérisoires, face à l'intransigeance glaciale du destin. Ce sont pourtant, semble-t-il, les seules dont dispose le coeur meurtri, perdu dans la tourmente des sentiments bafoués, en quête de consolation.

 

Lorsque des larmes gelées (« gefrorene Tränen » est le titre du troisième Lied) tombent des joues du voyageur submergé de chagrin, celui-ci s'interroge : « Et pourtant, vous sortez brûlantes de ma poitrine, comme si vous vouliez faire fondre toute la glace de l'hiver ». Entreprise désespérée, vouée par avance à l'échec mais a-t-il d'autres choix ? Et puis, ne faut il pas en passer par là ?

 

Gefrorene Tränen / Frozen Tears

 

Gefrorene Tropfen fallen / Frozen droplets fall

Von meinen Wangen ab ; / from my check ;

Ob es mir denn entgangen, / So could it have escaped me

dass ich geweinet hab ? / that I have been weeping ?

 

Ei Tränen, meine Tränen / Ah tears, my tears,

Und seid ihr gar so lau, / are you so very lukewarm

dass ihr erstarrt zu Eise / that you turn into ice

Wie kühler Morgengrau ? / like cold morning dew ?

 

Und dringt doch aus der Quelle / And yet you gush from the fountain

Der Brust so glühen heiss, / from my brast, so burning hot,

als wolltet ihr zerschmelzen / as if you were trying to melt

Das ganzen Winters Eis ! /  the whole winter's ice !

 

 

Dans le Lied suivant ("Erstarrung"), de nouveau, le solitaire errant et désespéré ne renonce pas : il voudrait couvrir le sol de baisers et cherche à transpercer la glace et la neige de ses larmes brûlantes dans l'espoir d'apercevoir la terre, à la recherche d'un bourgeon, d'herbe verdoyante.

 

Ich will den Boden Küssen

Durchdringen Eis und Schnee

Mit meinen heissen Tränen,

Bis ich die Erde seh'"

 

Hélas, il lui faut bien se rendre à l'évidence : son coeur est comme gelé et l'image de la bien-aimée qu'il a perdue s'y contemple froidement...

 

Pourtant, c'est encore et toujours la même quête qui anime notre amoureux transi (transi de froid aussi)  lorsqu'il laisse tomber quelques larmes dans la neige, Mais encore une fois, ce sera en vain car, à peine chacune de ses larmes touche-t-elle le sol, aussitôt est-elle aspirée par "les flocons gelés", avides de sa "douleur brûlante" ("Wasserflut" : "inondation")

 

 

Il vient cependant un moment où notre compassion s'impatiente : Ne faut-il pas un jour cesser enfin de pleurer, finit-on par se demander. Transcender la douleur à l'évocation d'un être cher que l'on a perdu, n'est-ce donc pas là le défi suprême que nous impose la vitalité ?

 

N'est ce pas un devoir envers nous-mêmes et aussi, peut-être, envers ceux qui nous aiment ? Car, au fond, à chaque pas arraché au sentier de la tristesse glacée, c'est un peu de lumière offerte à la tendresse des autres êtres qui nous sont chers, des êtres qui sont encore là et qui n'attendent que de nous accueillir à bras ouverts. Welcome back home !


 

 

Gardons précieusement de beaux souvenirs émus des amis qui nous ont quittés

mais sachons faire aussi de bienheureux rêves de chaleur retrouvée.

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Published by alice lightwood - dans rêves éveillés
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